Faire mûrir le marché du crowdfunding – Questions à se poser & actions à mener

Suite aux nombreux échos dans les médias sur la fermeture de la plateforme de crowdfunding Unilend et l’état actuel du marché, nous apportons des éléments de réponse avec cet article. Interrogeons-nous sur l’évolution récente du marché : Comment populariser la finance et le crowdfunding en particulier pour les rendre plus simples, transparents, inspirants, conviviaux, compréhensibles et accessibles à tous ?

Posons-nous les bonnes questions pour élargir et faire mûrir le marché d’une finance collaborative grâce au crowdfunding – notamment en France et en Europe continentale ? 

Quelle attitude faut-il adopter pour la rendre populaire ? 
Répondons à la question et introduisons un changement notable avec :

  • une vision élargie,
  • un regard vers l’international,
  • une réflexion sur d’autres industries dans lesquels l’internaute utilise facilement et aisément outils, produits et services grâce aux places de marché.

L’état des lieux d’un marché en pleine mutation

Les changements récents dans le marché du crowfunding en France montrent qu’il est en pleine évolution. Certaines plateformes adoptent de plus en plus un modèle orienté professionnels au détriment d’un modèle orienté foule (particuliers) comme par exemple Lendix, Crédit.fr et WeShareBonds. D’autres changent leur activité et se diversifient comme SmartAngels. Ce jeune marché a également déjà connu des achats de plateformes par des banques. Par exemple, le groupe KissKissBankBank (avec des plateformes KKBB, Goodeed, hellomerci et Lendopolis) s’est fait racheter par La Banque Postale en 2017 et Lumo par la Société Générale en 2018.

Faut-il s’inquiéter suite aux publications récentes qui proclament « L’échec d’un marché ou de certaines plateformes ? », comme formulé par Benoît LETY, journaliste de cBanque, dans son article. Ou encore « […s’interroger…] sur la viabilité du crowdfunding en France. » comme le dit Jean CARVAJAL, fondateur de la plateforme Investbook dans son article de Forbes .

Le modèle « plateforme de crowdfunding » est-il suffisant comme seule et unique réponse aux besoins des cibles ?

À la création du marché du crowdfunding, les plateformes ont dû adopter une double approche. Le métier des plateformes « présente la particularité [de s’adresser à] plusieurs cibles de clientèle », souligne Cyril TRAMON de WeShareBonds dans son article. D’un côté les porteurs de projet – entreprises (PME/TPE/start-up) ou individus – qui cherchent par exemple à faire financer leurs projets d’innovation ou la mise sur le marché de produits et services. D’un autre côté les consommateurs (épargnants et investisseurs), qui cherchent à diversifier et à faire fructifier leur argent via des placements dans des opportunités de crowdfunding. 

Cette approche entraîne la multiplication des coûts et des efforts pour évangéliser simultanément deux cibles différentes de clientèle. Selon Jean CARVAJAL : « Le modèle économique [repose] sur la capacité de la plateforme à attirer un grand nombre de [consommateurs], mais aussi un grand nombre [de porteurs de projet et ainsi d’opportunités de crowdfunding pour placer son argent], sur un rythme de dossiers régulier. ».

Une démarche qui risque d’exploser le modèle « plateforme de crowdfunding ». De plus, la parfaite maîtrise du métier de marketing et de la communication vers ceux qui épargnent/investissent et ceux qui cherchent le financement est primordiale pour conquérir et attirer ces deux cibles. Cette maîtrise est encore plus importante, si les plateformes veulent s’adresser à leurs clientèles de façon personnalisée et pertinente. Une manière de respecter les centres d’intérêt, préférences et valeurs du consommateur. De répondre aux besoins des porteurs de projet en matière de visibilité et de création d’une communauté d’investisseurs et d’acheteurs pour atteindre le financement recherché. 

On assiste également à une double approche des plateformes de crowdfunding en ce qui concerne leur positionnement. Nous trouvons des plateformes spécialisées dans un domaine d’activité spécifique, comme à titre non exhaustif Homunity et Baltis Capital dans l’immobilier, Miimosa et AgriLend dans l’agriculture, Lendosphere et Lumo dans les énergies renouvelables, Winefunding dans le vin et Dartagnans dans le patrimoine, l’art et la culture. Ou encore des généralistes qui traitent plusieurs domaines d’activité comme Kickstarter, Ulule, Indiegogo et KissKissBankBank.

Où est le crowd du crowdfunding ? – La foule

Le marché du crowdfunding est un marché naissant. Faire évoluer et agrandir un marché implique toujours l’évolution de ses acteurs, leurs modèles et positionnements. Il est dans la nature des choses que certains modèles de plateformes (foule vs. professionnels) et acteurs vont disparaître et que d’autres vont entrer sur le marché. Comme énonce Cyril TRAMON de WeShareBonds dans son article, « Nous sommes sans aucun doute sur un marché en pleine mutation, un marché qui se structure encore et encore. »

Faut-il pour autant abandonner la foule, l'ADN du crowdfunding, car trop coûteuse et laborieuse ?

Si nous reprenons l’essence et l’esprit du terme « CROWDFUNDING », nous retrouvons le « crowd » (la foule) et le « fun » dans funding (financement). Le crowdfunding ne se limite pas seulement au financement et le concept du gain financier. Nous constatons une notion très forte de la foule avec des valeurs et intérêts humains/sociétaux. « Donner du sens à son argent, aider des entreprises de proximité, favoriser le développement économique [d’une] région [ou d’un pays], participer à des projets innovants, contribuer aux projets de sa communauté d’intérêts [communs] […] représentent des motivations tout aussi fortes. », comme expriment également Michel IVANOVSKY et Jean-Michel ERRERA, co-fondateurs de Mipise dans leur article. Une approche de la finance beaucoup plus collaborative que dans le passé avec des produits et services qui procuraient peu de plaisir, pas toujours compréhensibles et surtout rarement traçables. « La finance [collaborative] propose un éventail de possibilités tellement incroyable que chacun peut constituer le portefeuille qui correspond à son profil d’investissement. », confirme Patrick SEZEKORN dans son article sur Argent & Salaire.

Le potentiel et la promesse du crowdfunding ont toujours été de permettre au consommateur de (re)donner du sens à ses placements d’argent (épargne, investissement). Une opportunité d’intégrer à la notion de gain financier les aspects d’engagement sociétal, social, de développement durable et de contribuer à répondre aux enjeux actuels d’écologie, technologie, santé, industrialisation et commerce.

Un marché qui doit évoluer ?

La réponse aux enjeux liés à l’évolution du marché du crowdfunding en France et à l’international se trouve dans de nouveaux modèles économiques et acteurs qui apparaissent. Des modèles économiques qui permettent de ne pas sous-représenter la notion foule ainsi que les impacts sociétal et social. Des leviers pour diversifier et faire fructifier les épargnes et investissements des particuliers. Un marché qui, par sa définition, se constitue de cette foule de consommateurs. Cyril TRAMON de WeShareBonds souligne dans son article, « […] le complément au marché bancaire est une nécessité que même les banques elles-mêmes reconnaissent. ».

Et à l’international… ?

Depuis quelques temps, à l’international, on assiste à une consolidation et une maturation des plateformes. En conséquence, le modèle d’agrégation des plateformes est apparu pour repenser l’expérience consommateur et lui faciliter son parcours de crowdfunding. En contrepartie, les plateformes ont désormais l’opportunité de s’appuyer sur ce modèle d’agrégation qui unit et consolide la force de frappe pour conquérir et attirer plus rapidement et à moindre coût le consommateur. Un moyen, de dédier plus de ressources (financières et humaines) à l’identification, la qualification et la sélection des opportunités de crowdfunding.

Alors, comment agrandir le marché du crowdfunding ?

Pour agrandir le marché du crowdfunding, il faudra régulièrement recueillir et offrir plus d’opportunités de crowdfunding. Souvent, les plateformes proposent trop peu, parfois même aucune opportunité de placement d’argent. La foule a besoin de plus de transparence et d’éléments de compréhension pour apprendre le crowdfunding. Ceci contribuera à assurer l’introduction de la fidélisation des clients dans le crowdfunding avec des épargnants et investisseurs récurrents. De ce fait, les coûts d’acquisition client seront significativement réduits. Aujourd’hui, le marché français semble être plafonné, avec une offre encore trop restreinte (diversité et choix), souvent irrégulière et peu attractive dans la façon dont elle est commercialisée. « La viabilité du marché en France se fera par la variété des offres proposées, la spécialisation des plateformes et par l’accentuation d’un environnement propice au développement des initiatives collaboratives. » […] « [Le crowdfunding] porte les valeurs de l’économie collaborative : la confiance, les échanges, le partage, la mutualisation, la proximité, la facilité d’usage et d’interactions, le caractère ludique. », comme insiste aussi Jean CARVAJAL dans son article de Forbes.

Non seulement, il faut une communauté de crowdfunding indépendante des plateformes. Cependant, elle doit être mise au profit de l’ensemble des plateformes, pour établir et élargir le crowdfunding. Nous constatons qu’il existe autant de communautés – de petites foules – que de plateformes. Un fonctionnement en silo – plateforme par plateforme – qui entrave à créer et consolider une véritable foule d’épargnants et investisseurs à l’avantage de tous.

Quel changement est nécessaire au crowdfunding pour qu’il puisse atteindre son potentiel ?

L’impact pour les acteurs classiques du marché – Les plateformes de crowdfunding

Les plateformes se voient dans l’obligation d’apporter diversité et choix grâce à une offre d'opportunités de crowdfunding plus nombreuses et régulières. Elles ont besoin de se concentrer sur leur cœur de compétences et métier axé sur l’évaluation des opportunités de placements. Une possibilité d’apporter confiance et crédibilité, de renforcer leur positionnement, de devenir des acteurs incontournables dans leurs domaines d’activité et de se confronter à la concurrence internationale.

Le rôle des nouveaux acteurs – Les places de marché focalisées sur l’expérience consommateur

Les places de marché doivent mettre à la disposition du consommateur :

  • l’information nécessaire pour apprendre et comprendre le crowdfunding et la finance collaborative,
  • l’offre la plus vaste, centrée sur les épargnants et investisseurs en un unique compte sur l’ensemble des typologies de crowdfunding, domaines, industries et marchés ainsi qu’une variété de pays,
  • l’expérience personnalisée dans laquelle les centres d’intérêt, préférences, valeurs, connaissances et la capacité de placements sont au premier plan et au centre de l’attention, 
  • choix et diversité d’opportunités de placements dans un point d’entrée unique,
  • les outils pour comparer des opportunités de crowdfunding et simuler les placements avec leur retour sur investissements,
  • les transactions simplifiées et adaptées pour les activités de crowdfunding,
  • l’aperçu des transactions et investissements à 360°, centralisés dans un seul compte pour suivre, gérer et piloter les activités en crowdfunding.

Pour les plateformes, ces nouveaux acteurs doivent leur permettre de se concentrer sur l’identification et la qualification des opportunités de placements – leur cœur de compétences et métier. Les places de marché doivent compléter le savoir-faire des plateformes avec des expertises en marketing et communication pour établir la foule de consommateurs et la fidélisation de clients. Une optimisation et une performance accrues de la chaîne de valeur dans ce marché.

L’aboutissement d’un marché mature

A l’instar d’autres domaines d’activité et industries dans lesquels l’internaute utilise facilement et aisément outils, produits et services grâce à l’agrégation de technologies et d’informations – par exemple, pour comparer les vols, hôtels, restaurant, mutuelles, crédits et assurances – le crowdfunding se doit de posséder cette même simplicité, choix, diversité et transparence pour rendre la finance collaborative compréhensible et accessible à tous.

+++ Liste des liens de publications auquel cet article fait référence :